Ces dernières années, la domotique et le thème de la maison connectée en général connaissent un regain d’intérêt. Alors que les robots futuristes semblaient avoir épuisé une part de leur capital sympathie à la fin des années 1990, la démocratisation des smartphones ainsi que les efforts mis en place par les marques et industriels ont changé la donne : la maison connectée a la cote, et devient chaque jour un peu plus réelle.

Des années 1950 à nos jours

Depuis la fin des années 1950, la maison du futur excite l’imagination collective. La cuisine a longtemps monopolisé les fantasmes : toute innovation réelle ou à venir la concernant était présentée comme une libération de la ménagère.

Grâce à son four magique et à son réfrigérateur miraculeux, celle-ci n’avait plus qu’à papillonner dans le salon pour revenir s’émerveiller dans la cuisine une fois sa pièce montée fin prête. Bien heureusement, ce vieux rêve misogyne a vécu. De la cuisine, nous sommes passés à l’ensemble de la maison, avec notamment l’introduction de Nabaztag, le célèbre lapin communicant, en 2005. La domotique n’est plus cantonnée à satisfaire notre flemmardise, mais ouvre de nouveaux champs de possibles. Avec elle, smartphones et tablettes deviennent les cerveaux de la maison, permettent de synchroniser l’ensemble de ses appareils, ouvrent un marché pour le secteur de l’électroménager et multiplient les opportunités pour les marques à l’écoute de leurs consommateurs. Comme l’affirme Thomas Husson, Vice Président de l’institut Forrester Research, au sujet de la maison connectée, « la révolution mobile va davantage bouleverser les usages et les modèles économiques que le web. Les lignes bougent et de nouveaux entrants, plus innovants et agiles, bouleversent l’ordre établi ». Une agitation créatrice de valeur, dans la mesure où l’institut d’études Xerfi estime que le marché français de la maison intelligente devrait grimper de plus de 35% par an pour atteindre près d’un milliard d’euros d’ici 2015. Quatre grandes tendances se développent autour de cette croissance, que nous nous proposons aujourd’hui d’explorer.

Simplifier la vie

Les voeux de tout paresseux qui se respecte semblent avoir été exaucés. Car en automatisant l’ensemble des gestes répétitifs du quotidien, la domotique autorise des économies de temps… et de mouvements. Autour de ce thème, pensons aux nouvelles ampoules Philips Hue, connectées en wifi. Une fois branchées et reliées à votre smartphone via une application, il est possible de les allumer puis de modifier leur couleur, leur luminosité et leur température en fonction de l’ambiance lumineuse que l’on souhaite créer. Pour les distraits, la télécommande et les boîtiers WeMo de Belkin permettent de contrôler à distance l’ensemble des prises électriques de la maison, de façon à ne plus jamais avoir à se demander si oui ou non, l’on a pensé à éteindre la machine à café ce matin. Sur le marché de la simplification, les marques ne sont pas en reste.

C’est ainsi que l’enseigne de livraison à domicile Red Tomato Pizza, basée à Dubaï, s’est dotée d’un argument infaillible pour devancer ses concurrents. La pizzeria a développé un magnet électronique pour ses clients les plus fidèles. Une fois disposé sur le frigo, une simple pression du doigt permet d’enclencher la commande de sa pizza préférée. Une façon simple de se rapprocher de ses consommateurs tout en développant une vraie connaissance de leurs goûts et habitudes.

Contrôler son habitat

La force d’innovation du secteur tourne actuellement autour du concept de « Smart Home ». Celle-ci doit améliorer le confort de vie tout en maîtrisant ou réduisant la consommation d’énergie. Ici, l’une des innovations notables du secteur peut être attribuée au groupe Hager, qui a développé l’interface Domovea, grâce à laquelle ses utilisateurs, à partir d’une connexion Wi-Fi des appareils ménagers, peuvent contrôler le chauffage, les volets roulants ou encore l’éclairage à distance. L’argument phare du dispositif est la possibilité d’établir des scénarios types. Si l’on rentre chaque jour chez soi à 19h15, il est ainsi possible de programmer l’allumage du chauffage à 18h50 pour retrouver une maison confortable tout en maîtrisant ses dépenses énergétiques. De plus, un tableau de bord est visualisable pour suivre sa consommation en temps réel. Si les marques semblent encore peiner à investir le domaine du contrôle, le cas de la bouteille MilkMaid s’avère éclairant. Le récipient, conçu par la start-up Quirky en partenariat avec General Electric, est pourvu d’un capteur de pH mesurant l’acidité du lait, d’un thermomètre et d’un système d’alerte informant le consommateur dès que la pénurie se fait sentir. Une façon de prouver qu’il est possible d’offrir aux consommateurs des produits à la fois utiles et innovants, notamment en packaging.

Sécuriser sa maison

Au rang de la protection du domicile, la domotique a également sa place. Parce que les appareils deviennent intelligents, ils permettent désormais de repérer toute anomalie à distance : une fuite d’eau ou de gaz peut ainsi être stoppée en quelques minutes, tandis qu’un intrus, grâce aux prises électriques détectant les mouvements, sera repéré avant de commettre tout méfait. Ici, de nouvelles opportunités se dessinent pour les compagnies d’assurances ainsi que dans le domaine de la sécurité à la personne. Le vieillissement de la population aidant, de nouveaux besoins se font jour en termes d’assistance et de e-santé, à l’exemple du « Smart Bed » de Verizon, qui permet de monitorer des patients à distance en surveillant leur rythme cardiaque et leur respiration.

Se distraire

Enfin, si le confort et la commodité représentent des arguments à même de booster le marché de la maison connectée, une autre branche prometteuse mérite d’être évoquée : l’entertainment. Les nouvelles offres de box mettant en relation les appareils de la maison commencent à se démocratiser, et l’habitat offre de nouvelles sources de distraction à ses habitants, principalement autour del’écran principal de la TV. Les TV connectées s’apprêtant à devenir légion, les acteurs tels que Deezer préparent le terrain. Le groupe a récemment annoncé le lancement d’une application dédiée aux smart TV, avec laquelle les habitants pourront accéder aux services traditionnels de Deezer via leur écran. Et puisque la musique s’apprécie toujours mieux dans une ambiance lumineuse adaptée, l’application Ambify accroît les possibilités des ampoules Philips Hue évoquées plus haut pour faire varier l’éclairage en fonction de la musique écoutée.

Si le marché de la maison connectée crée de multiples opportunités, il va devoir convaincre les consommateurs de son utilité pour assurer sa croissance. En effet, outre les perceptions quelque peu réductrices de certains internautes pour qui « Payer plus pour avoir un frigo qui te balance une notif Facebook quand tu prends un Flamby ? Non merci », les marques et constructeurs souhaitant exploiter la « Smart Home » vont devoir rassurer sur leurs intentions. Car à l’heure des grands débats sur la data et son usage par les marques, le lave-linge connecté pourrait vite apparaître comme un Big Brother bis. En connectant chacun de ses appareils et en contrepartie de l’utilité et de l’efficacité d’un service, le consommateur fournit consciemment ou non une quantité d’informations sur son mode de vie, sa localisation, son budget courses, ses titres musicaux préférés… Il devient alors de la responsabilité de chaque marque de faire un usage respectueux de ces données, en prenant le contre-pied des pratiques supposées de la CIA et de son directeur David Petraeus, qui affirmait récemment : « Nous allons vous espionner à travers votre machine à laver la vaisselle ». Dans le domaine de la maison, qui reste l’un des derniers sanctuaires de l’intimité, la notion de tiers de confiance prend ainsi toute son importance pour les marques.