À la fac, on s’habitue vite aux lendemains de soirée difficiles. Étudiante en psychologie et personnage principal du film néerlandais App, Anna se réveille un matin pour découvrir qu’une mystérieuse application est désormais installée sur son téléphone. Dès lors, « Iris » prend le contrôle de son mobile et fait peser une lourde menace sur la réputation de la jeune fille.

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Tout comme elle, le spectateur conserve son smartphone à portée de main pendant toute la durée du film. En effet, 2CFilm, la société de production de App, propose d’enrichir l’expérience à l’aide d’une application donnant accès à du contenu supplémentaire à trente-cinq moments clés de l’histoire. Grâce à la technologie Syncnow, le micro du téléphone est utilisé pour synchroniser l’application au film. Lorsque du contenu est disponible, une vibration prévient le spectateur qui peut alors lire les SMS que reçoit Anna, ou consulter le compte à rebours de la bombe dont on entend le tic-tac angoissant dans la salle.

Le second écran s’adapte ainsi au visionnage d’un film en satisfaisant les pulsions voyeuristes du spectateur. Son immersion dans l’univers du long-métrage est accrue par l’exploitation de détails hors champ. L’expérience est intéressante mais elle ne satisfait pas la passivité de l’audience des salles de cinéma. Beaucoup regretteront probablement de devoir se détourner de la fascination qu’exerce l’écran géant, tout comme un lecteur apprécie peu de quitter son roman pour lire les notes de bas de page. En 1981, John Waters avait déjà tenté de proposer du contenu hors écran aux spectateurs de Polyester en leur mettant dans les mains des cartes odorantes. Le procédé n’a pas été repris depuis et on peut craindre que l’utilisation du smartphone dans les salles sombres rencontre le même sort.

Bien qu’elle puisse passer pour superflue, l’initiative est intéressante puisqu’elle propose une expérience unique et qu’elle soutient le marketing du film. En amont du visionnage, l’application donne accès à la bande annonce et à d’autres contenus promotionnels. En aval, elle débloque des bonus exclusifs. Mais surtout, le procédé digital soutient un scénario faible qui aurait probablement du mal à remplir les salles par lui-même.