Autrefois, les cimetières faisaient partie des villes. On ne prenait pas la peine de les contourner ou de les délocaliser à la périphérie des agglomérations. Les morts ont le sommeil lourd et il faudrait faire un sacré raffut pour déranger leur repos.

Pour déjouer cette désertion des lieux de recueillement, les époux Miller se sont lancés dans leur digitalisation. Grâce à eux, les familles américaines peuvent désormais commander la création d’un site dédié à leurs défunts. Tous les promeneurs munis d’un smartphone pourront y accéder en scannant le code présent sur les tombes.

L’initiative dénote d’une volonté d’insuffler la vie à ceux qui ont déjà rendu leur dernier souffle. L’application LivesOn propose ainsi aux gens de continuer à tweeter pour eux après leur mort :« when your heart stops beating, you’ll keep tweeting ». Dave Bedwood, l’un des créateurs, espère qu’elle devienne « une façon légitime et facile de continuer à vivre ».

En niant la différence entre vie et présence sur les réseaux sociaux, Bedwood formule une promesse hypocrite. Bien que son algorithme soit capable de reproduire le style de ses clients, LivesOn n’en demeure pas moins la manifestation naïve d’un rêve d’immortalité que l’humanité ne cesse de réinventer. Faire de Twitter une plateforme sociale hantée n’accroît pas notre longévité et mieux vaut accepter l’inévitable rappel de l’humain à ses origines naturelles.

En outre, certains discours ne méritent pas de survivre à leur auteur. En effet, on peut trouver intéressant le travail de Christopher Tolkien sur les écrits inachevés de son père, mais qu’en est-il de vos phrases assassines en 140 caractères ? Doivent-elles prétendre à la postérité ?