Plus de choix, des goûts, des envies plus marqués et toujours plus de moyens de les affirmer : les consommateurs ont désormais le pouvoir. Pour suivre et s’adapter à des besoins en constante évolution, la R&d est cruciale. De nouvelles possibilités techniques entraînent une marche en avant spectaculaire, donnant lieu à des produits audacieux, des services révolutionnaires. Encouragée par l’expansion du digital, la bonne idée n’attend que la suivante.

Pourtant, le travail d’analyse, de réflexion qui précède l’innovation peut s’avérer couteux, en terme de temps et d’argent, autant pour les petites que les grandes entreprises. Alors, comment être performant dans cette course toujours plus rapide à l’innovation ?

L’open innovation se propose de faire confiance à l’ « intelligence collective », et d’ouvrir les processus d’innovation : en collaborant, en échangeant savoirs et compétences, le défi semble pouvoir être relevé.

Avec la démocratisation des nouvelles technologies, une multitude d’acteurs a appris à prendre la parole : marques, consommateurs, collaborateurs. L’information circule, l’écoute s’accroît, le dialogue prend forme. Alors, de nouvelles solutions émergent dans les processus de captation d’information, de réflexion et de création : la mise en relation de savoirs et de compétences jusqu’à présent séparés, confi nés aux sein des murs des entreprises, dans l’esprit des consommateurs, ou encore dans le dédale des organigrammes. Le paradigme de la force du collectif, insuffl é par les technologies internet poursuit sa course. Aux plates-formes de crowdfunding telles Kisskissbankbank ou Kickstarter qui voyaient la coopération du point de vue du soutien financier, s’ajoute l’open innovation, qui voit le besoin d’aller plus loin et d’assembler des compétences diverses pour réussir à mieux lire l’information et être force de proposition.

Ainsi, en septembre 2013, Dave Hakkens, un designer néerlandais tout juste sorti de l’université, présentait Phonebloks, un concept de smartphone modulable visant à lutter contre l’obsolescence programmée. Il a alors soumis son idée au public, à travers une vidéo virale visionnée plus de 20 millions de fois, pour au fi nal gagner l’adhésion de 980 000 internautes sur son site. Un constat s’est dressé : le public voulait que cette idée voit le jour. Deux mois après, une plate-forme online était créée, pour permettre à tous de soumettre des améliorations, proposer de coder ou encore de fabriquer les composants. Si le public a fortement répondu, la marque Motorola y a vu l’opportunité de proposer ses compétences et ressources de constructeur et est devenue un des piliers du projet, en cours, montrant comment l’open innovation peut voir s’allier des acteurs de tailles différentes.

Finis les laboratoires discrets où des groupes de chercheurs traquaient la bonne idée pour la développer en interne. Repoussée la barrière du budget ou des compétences internes limitées, pour au fi nal un “time to market” souvent trop long. L’open innovation voit s’ouvrir les portes de la conception et de la création à la force du collectif.

Ouvrir ses processus d’innovation, d’accord, mais comment, et avec qui ?

L’idée de l’open innovation est de cibler le maillon de la chaîne qui a besoin de bras et de cerveaux pour être dynamisé. Consommateurs, partenaires institutionnels ou privés, écoles : toutes sortes d’acteurs peuvent alors être appelés à collaborer. De la réfl exion des décideurs sur leurs besoins dépendra le modèle de coopération.

On verra par exemple le géant Unilever formuler sur la toile des « Wants » : des appels à contribution pour l’aider à trouver le futur ingrédient de sa lessive, des solutions pour réduire les packagings ou le taux de sel de ses produits. Dans cette initiative, la demande est tournée vers le produit, dans une perspective dite « outside in » : ouvrir les portes de ses laboratoires et y faire venir ceux qui ont des idées, ingénieurs, chimistes ou simples consommateurs, pour satisfaire des besoins identifiés. La marque Lego, quant à elle, verra dans l’open innovation un moyen d’affirmer son positionnement sur la créativité. A travers sa plateforme Cuusoo, la firme propose aux internautes de valoriser leurs propres créations et assemblages en les soumettant à la communauté : les oeuvres les plus soutenues seront commercialisées ! Une belle façon de mettre en scène la modularité des produits de la marque, son image de partenaire de l’imagination, tout en renouvelant sa gamme.

Dans le sens inverse, qualifié d’ « inside out », où l’on rend public des connaissances travaillées en interne, un pas marquant aura été fait par la science en 2008. « Fold it », logiciel développé par l’université du Michigan proposait de résoudre une énigme scientifique : l’agencement de protéines. En fournissant gratuitement ce jeu de puzzle, invitant les utilisateurs à trouver les combinaisons permettant de structurer les protéines, « Fold it » a ouvert la tour d’ivoire des chercheurs en biologie pour livrer du savoir, partager des informations, et voir la communauté y apporter son temps et son engagement. De plus en plus dématérialisés, et alors facilement échangeables, de tels contenus et processus d’innovation collective sont fortement présents dans la sphère du web et de l’informatique : des « hackatons » où des produits sont livrés à des spécialistes des failles de sécurité, aux logiciels aux codes sources libres, améliorés par le passage entre chaque main, les exemples sont nombreux.

Derrières les concepts de modèles dits « rentrant », « sortant », « Outside in » ou « Inside out », formalisés en fonction du sens dans lequel les connaissances et compétences se déplacent, se cache majoritairement la nécessité de créer un échange. Le principal challenge de l’open innovation est de réussir à constituer un dialogue avec les acteurs que l’on veut impliquer, et d’y adapter les outils.

Ainsi, se rapprochant des méthodes de focus groupes et d’entretiens qualitatifs, certains process d’open innovation se tiendront dans des FabLabs, contraction de « Fabrication Laboratories ». Lieux définis par leur « ouverture », tant dans leur agencement que dans leur fonctionnement, ceux-ci veulent mettre à proximité différents corps de métiers, publics et/ou professionnels, face à des objets qui nécessitent un regard nouveau, pour envisager une conception en groupe, participative.

D’autres outils, redonnant leurs lettres de noblesse à la promesse démocratique d’internet, verront le soutien de la communauté, et son tenant quantitatif, comme moteur de l’open innovation. Ainsi, la plateforme Quirky propose aux « inventeurs du quotidien » de soumettre leurs concepts novateurs aux votes du public. Les idées plébiscitées par les internautes puis choisies par un comité d’experts se voient portées en tant que projets, et des appels à contribution sont lancés aux particuliers mais surtout aux marques pour aider à la conception. Au final : la possibilité de voir se créer un produit que l’on a imaginé, et surtout, de le voir commercialisé et en tirer profit. Certaines marques se sont d’ores et déjà lancées dans la collaboration avec ce type de plates-formes, comme General Electric, qui a entamé un partenariat avec Quirky pour penser de nouvelles formes de services et d’objets exploitables dans son secteur.

Lorsque des annonceurs se saisissent de l’approche ouverte de l’innovation et choisissent de créer leur propre plate-forme, R&D, crowdsourcing et service client se retrouve intimement mêlés. Du site IdeaStorm de Dell à l’IdeasBrewery de Heineken, où les retours des clients sont analysés et envisagés comme autant d’idées d’améliorations, de modifications pour les prochains produits, les initiatives de co-création entre marques et consommateurs, moyennant rétribution, prennent de l’ampleur.

FabLabs, concours, journées de tables rondes, appels à contribution sur des plateformes numériques… tous les outils et modèles sont potentiellement exploitables pour ouvrir le dialogue nécessaire à l’open innovation. Le défi réside alors autant dans l’innovation que dans l’ouverture, c’est-à-dire dans le succès à faire de sa marque une réelle plate-forme d’échange. Les avantages sont conséquents : si de nouvelles idées peuvent voir le jour de façon optimisée, l’open innovation est un moyen d’être au plus proche des attentes du public, de les satisfaire au mieux, mais également de démystifier l’image des concepteurs et de créer un réel engagement, une implication accrue à tous les niveaux, aussi bien en interne que vis-à-vis des consommateurs. Alors, en plus d’être un moteur formidable, l’open innovation et le dialogue qu’elle suscite peuvent devenir plus qu’une nouvelle façon de créer, mais bien un message en lui-même : celui de la prise de conscience des entreprises que le monde change et de la nécessité d’une approche plus ouverte dans les relations avec leurs clients, collaborateurs, consommateurs.

Alors, en plus d’être un moteur formidable, l’open innovation et le dialogue qu’elle suscite peuvent devenir plus qu’une nouvelle façon de créer, mais bien un message en lui-même : celui de la prise de conscience des entreprises que le monde change et de la nécessité d’une approche plus ouverte dans les relations avec leurs clients, collaborateurs, consommateurs.