Le lancement de Graph Search par Facebook n’a pas fini de faire parler. Technologie révolutionnaire et futur fossoyeur des Google et consors pour certains, simple innovation incrémentale du like pour d’autres, les spéculations vont bon train sur le potentiel réel du nouveau moteur de recherche interne à Facebook à proposer une valeur ajoutée à ses utilisateurs.

«Wait and see» car les interrogations restent nombreuses sur la réelle pertinence des résultats de recherche que proposera Graph Search à partir d’une base de connaissances et d’informations somme toute limitée, sur l’éternel problème de la confidentialité des données personnelles ou le potentiel de monétisation auprès d’annonceurs…

Ce qui est sûr et qui fait la réelle nouveauté de l’outil, en tout cas pour Facebook, c’est que Graph Search lui permet enfin de se positionner sur le marché de la recherche. Un domaine où Facebook accusait un retard certain face à Google, Microsoft ou même Apple. Et, s’il n’est pas certain que Facebook puisse le combler, tant ces acteurs sont en avance sur le sujet, le réseau social réussit à éviter la confrontation directe en privilégiant une approche différenciante qui mise sur la recherche sociale et sémantique.

L’outil de recherche proposé par Facebook est intéressant car il se situe au confluent du langage naturel, de la big data et des algorythmes auto-apprenants, capables d’analyser virtuellement n’importe quelle demande formulée selon les propres termes de l’utilisateur. C’est clairement une avancée qui va dans le sens naturel des évolutions technologiques à l’oeuvre dans les interactions homme-machine : c’est désormais à la machine de se plier aux exigences et aux comportements de l’utilisateur. Plus facile à dire qu’à faire quand on y pense…

citation-graphsearch

Finalement, rien d’étonnant à cela venant de la part d’une entreprise comme Facebook qui s’est bâtie sur un principe fondamental qui consiste à essayer de reproduire online la complexité de la psychologie, des interactions, des comportements et activités de ses utilisateurs dans la vie réelle. Le like lui-même ne s’appuie-t-il pas sur le concept psychologique d’homophilie développé par G. Homans dès les années 50 (tendance de l’amitié à se former entre gens qui se ressemblent, aux opinions et intérêts convergents) ?

En ce sens, Facebook n’est qu’une tentative (d’aucuns diront vaine) de réplication de la psychologie humaine. Mais là où Facebook fait fort, c’est que cette tentative a un périmètre bien délimité : elle s’applique à un site web qui doit aujourd’hui monétiser son audience. L’objectif est donc simple, pour ne pas dire simpliste : le but ultime de la machine Facebook est de faire passer le plus de temps possible aux utilisateurs sur la plateforme, de les faire interagir avec des « objets » (plus que des personnes à vrai dire) pour mieux les comprendre, et, de manière ultime, les inciter à cliquer sur une publicité, tout cela au moyen d’astuces et de mécanismes « sociaux » plus ou moins visibles tirant des ficelles psychologiques classiques. Pragmatisme et efficacité de la machine…
Résumer l’objectif de Facebook à ce seul principe directeur est peut-être réducteur. Il y a bien sûr autre chose en jeu pour les millions d’individus qui fréquentent la plateforme, du moins, nous voulons le croire. Mais ce principe est la seule chose dont on peut être vraiment sûr aujourd’hui.

Et Graph Search ne déroge pas à ce principe, il le pousse plus loin et le nourrit. Mark Zuckerberg en parle comme du troisième pilier de la stratégie Facebook et on le comprend. On peut bien sûr s’en inquiéter. Mais que l’outil ne soit pour l’instant qu’une approximation algorythmique qui améliore l’accessibilité d’une information quand celle-ci n’était auparavant que disponible (ou « en mémoire » pour reprendre l’analogie avec la psychologie cognitive), ou qu’il soit une véritable révolution technologique et des usages qui redéfinira notre rapport à un monde « plus ouvert et plus connecté », il n’en reste pas moins qu’au final, ce sont les utilisateurs qui décideront, l’utilité de Graph Search devant être jugée largement supérieure à ses inconvénients intrinsèques. Et Facebook le sait à en voir les précautions prises dans leur démarche, dès la phase de conception, tournée vers les utilisateurs (tests, linguistes et psychologues) en passant par un lancement en version bêta, un déploiement très progressif de la fonctionnalité et des efforts de communication sur la confidentialité des données…
La machine avance avec des pincettes car elle sait qu’elle devra s’adapter à l’humain, et pas le contraire. Et c’est plutôt rassurant de se dire qu’au fond, on contrôle encore quelque chose.

Et en attendant de voir comment tout cela évolue, vous avez le pouvoir de réfléchir à la meilleure manière d’utiliser cette formidable machine qu’est Facebook et, accessoirement, de (re)vérifier vos paramètres de confidentialité.

Plus d’infos : http://www.facebook.com/about/graphsearch