Le quantified self, soit la mesure, l’analyse et le partage de ses données personnelles, investit de plus en plus de domaines. Popularisé par le sport (Nike+, Strava), il s’est vite développé dans la nutrition (HAPIfork), la santé (Jawbone), la conduite (Fiat eco:Drive…) et, aujourd’hui, le sexe avec Spreadsheets, l’application mobile permettant d’évaluer vos performances sexuelles. Il était temps parce que s’il y a bien une chose qui doit se mesurer, s’analyser et se partager, c’est le sexe !

Spreadsheets, c’est la data au lit. On active l’appli, on pose le téléphone sur la table de nuit (c’est plus sûr) et on y va pour essayer de décrocher des badges : “Quick spread” (pour un rapport d’une durée de moins de 3 minutes), “F Cancer” (pour une fréquence de 21 rapports par mois – en France, en moyenne, on atteint difficilement la dizaine) ou «The Lion’s Roar» (pour des cris excédant les 70 dB – pour référence, un aspirateur donne dans les 65 dB et la fusée Ariane dans les 180)…

Trêve de plaisanterie, le quantified self, qui touche aux sphères les plus intimes de notre vie, soulève évidemment la question de la confidentialité et de la protection de nos données. Plus une information nous paraît personnelle, moins on acceptera de la partager. Or, pour que le quantified self soit véritablement utile, il est nécessaire de partager ses données. On oublie souvent que lorsqu’on utilise de telles applications, les garanties liées à l’utilisation des informations par les sociétés tierces qui fournissent ces services sont loin d’être acquises. On accepte en fait implicitement que nos données soient transmises, traitées, comparées par ce tiers afin qu’un service performant, personnalisé et souvent gratuit puisse nous être rendu. Nos données perdent alors de fait leur caractère privé et confidentiel…

Au fond, le désir d’être plus fort en nous connaissant mieux et en augmentant nos performances nous met à nu et paradoxalement nous fragilise. Mieux on se connaît, plus on se dévoile.